Miss Marigold et La Belle de Minuit (Episode IV)


Episode IV : La vie en Rose de Damas

Dans l’épisode précédent, nos héros poursuivaient leur quête de la Kadupul à Florence. Ils sont à présent en possession d’une copie de la méthode d’extraction de la précieuse fleur. Il ne leur reste plus qu’à récupérer le matériel pour réussir leur mission. La course contre la montre s’intensifie.


Dès leur sortie d’avion, nos héros savent qu’ils sont soumis à une pression considérable. Selon les moines du Monastère San Marco, l’artéfact que convoitent tous les chasseurs de parfums avides de gloire et de richesses se trouve dans la chapelle Saint Ananie dans le quartier chrétien de Damas.


Jane et Paul courent et zigzaguent à travers les rues sinueuses de la ville biblique.

Arrivés à Bab Sharqi, l’entrée du quartier chrétien, ils sont submergés de parfums et d’arômes qui les poussent à retarder leur mission pour s’accorder une petite visite des marchands d’épices et autres échoppes tout droit sorties des contes.

Jane prend des contacts, négocie le prix de la fameuse rose damascène pour ses compositions de parfums tandis que Paul se goinfre de feuilles de vignes aux accents de cumin, de fenugrec et de piment.


Les poches pleines de roses et l’estomac plein, nos héros continuent leur mission et bifurquent jusqu’à l’église indiquée et se préparent à l’action.

Dès leur entrée dans le lieu saint, ils sont écrasés par la lourde odeur de l’encens qui brûle et sont aveuglés par sa fumée. Il en faut plus pour arrêter nos intrépides explorateurs qui commencent leurs recherches. Ils fouillent méticuleusement chaque recoin de la chapelle frôlant parfois le blasphème.

Paul remarque une dalle au sol, il la soulève et découvre un véritable trésor. Là, caché sous les dalles de cette église byzantine se trouvait l'alambic qui allait permettre à nos héros d’extraire l’essence de la précieuse Kadupul. Cet artéfact est remarquablement façonné, il est en argent, serti de pierres précieuses et conservé dans un écrin de velours. Selon les inscription gravées sur le métal, il a été commandé par le

Pape Grégoire XII afin de créer une odeur divine à mettre dans les encensoirs des églises. Nos héros chancellent et s’empressent de dissimuler l’objet dans la valise de Paul. Ils doivent à présent sortir de l’église sans avoir l’air suspect. Paul se recoiffe, Jane se passe de l’essence de rose au creux du cou et pousse la porte de l’église. Ils s’engouffrent dans un taxi et s’éloignent de Bab Sharqi.


Ils trouvent un petit hôtel non loin de l’aéroport et décident d’y passer la nuit. Tout semble se passer à merveille, ils embarqueront pour le Sri Lanka dès le lendemain pour finaliser leur mission et empocher le million de dollars.

Dans cette chambre d’hôtel de la banlieue de Damas, tout est calme, l’odeur des plaines du Levant apaise l’esprit des voyageurs qui s'apprêtent à tomber dans les bras de Morphée. Soudain, la porte est projetée à travers la pièce, une brigade de policiers s’y engouffre en hurlant à pleins poumons, maîtrise de manière musclée nos deux héros et menottent ces derniers. L’officier de police fait savoir à Jane qu’elle et son compagnon ont été dénoncés et qu’ils sont accusés de pillage, profanation et blasphème. Les voilà dans de beaux draps, ils vont devoir passer la nuit en prison dans un pays qu’ils ne connaissent pas . Ils sont jetés comme des vauriens dans une cellule sombre qui sent l’humidité, la sueur et le renfermé. Un véritable cauchemar pour un amateur d’odeurs !

C’en est fini des aventure de Miss Marigold se dit Jane persuadée qu’elle passera le restant de ses jours dans cette prison miteuse et empestant la moisissure. Elle passe les mains dans ses cheveux à la manière du Désespéré de Gustave Courbet et découvre un miracle. Une épingle à cheveux que n'avaient pas vu les gardes est restée accrochée à la tignasse rousse de notre héroïne. Quand on est aventurière, crocheter une serrure est une compétence de base. Jane s’attèle à la tâche en prenant soin de scruter les allers et venues des gardes.

La grille enfin ouverte, c’est une véritable mission d’exfiltration qui commence. Paul et Jane longent les murs, rampent et se faufilent dans les couloirs à la manière de deux chats dans la nuit. Ils doivent absolument récupérer l'alambic avant de prendre la fuite. Sur le bureau du directeur de la prison trône fièrement l’objet aux fines décorations. Paul s’en saisit, mais en fait tomber un élément. Cela a l’effet immédiat de donner l’alerte. Il n’y a plus de temps à perdre, les fugitifs détalent à l’aveugle dans les couloirs de la prison, cherchant désespérément la sortie. Sur le chemin, ils assomment un garde par surprise, dérobent son arme, son trousseau de clés et filent vers la porte de la prison

La porte à peine franchie, les balles fusent autour d’eux, ils slaloment entre les cartouches et parviennent à démarrer une Jeep de la police en bidouillant les fils. Jane en profite pour tirer sur les pneus des véhicules voisins afin de ne pas être poursuivie.


Paul met le pied au plancher et fonce cap à l'ouest vers le Liban où ils pourront sûrement prendre un avion pour le Sri Lanka à l’aéroport de Beyrouth avant d’être à nouveau arrêtés. Au poste frontière, un barrage s’est dressé, des militaires en armes attendent notre duo de choc de pied ferme mais ils oublient qu’un pilote intrépide et une aventurière à fort caractère sont plus forts qu’une armée.

Paul fonce droit sur le mur de soldats dressé devant lui, ces derniers ouvrent le feu et parviennent à faire éclater un pneu. L’odeur de caoutchouc brûlé mêlé à celle de l’essieu qui frotte sur l’asphalte fait monter l’adrénaline de notre pilote.

Avant la collision fatale, Jane remarque une colline à côté du barrage, elle donne un violent coup de volant et, en une fraction de secondes, la voiture se retrouve projetée dans les airs et atterrit sur le territoire libanais

La Jeep est abandonnée sur le bord de la route et nos héros continuent leur périple en stop jusqu’à l’aéroport de Beyrouth à l’arrière d’un camion plein de chèvres.

“Vivement la divine odeur de Kadupul ! “s’exclame Jane. Après avoir payé le prix fort pour deux billets à destination de Colombo, les baroudeurs s'installent confortablement dans leurs sièges. Le décollage soulage Jane, qui remercie Paul pour ses incroyables qualités de conducteur. 20 minutes après l’envol de l’appareil, le commandant de bord passe une annonce :


“Mesdames et messieurs, ici Carl Jacquier votre commandant de bord, je tiens à vous informer que par la faute de deux énergumènes présents à bord de cet appareil, nous allons malheureusement nous crasher. Tagès, Paul, ce fût un immonde plaisir de vous affronter.”


Par le hublot, on voit Jacquier, équipé d’un parachute, sauter et laisser les passagers de l’avion à leur triste sort.