Miss Marigold et La Belle de Minuit (Episode I)




Episode I : La Belle de Minuit

Nous sommes le 25 mai 1971 au 10 rue Cambon dans le 1er arrondissement de Paris. Pendant que Michel Delpech flirte avec le hit-parade, Jane Marigold, notre héroïne, se prélasse dans son bain moussant. Jane Marigold est la fille d’un ancien pilote de la Royal Air Force devenu négociant en vin et d’une modéliste d’une grande maison de couture. Notre protagoniste est chasseuse d’odeurs pour les grands parfumeurs, elle est aussi à l’aise dans les jungles inhospitalières d’Indonésie que dans les dîners mondains que convoitent le tout Paris. Depuis quelques semaines, aucune aventure ne s’est présentée, alors Jane s’ennuie et passe des heures entières dans des bains délicatement parfumés à la fleur d’oranger. Elle feuillète des catalogues Air France en imaginant ses prochaines vacances à l’ombre des palmiers sur une plage des Bahamas. L’intrépide baroudeuse ne peut pas rester en place, elle revient à peine d’une expédition au Nicaragua qu’elle veut déjà repartir à l’aventure.

L’horoscope dans le journal est optimiste, il dit que c’est son jour de chance. Miss Marigold n’est pas superstitieuse, pour elle, seule la rationalité compte et pourtant… Son téléphone sonne, elle s’élance hors du bain, bouscule son chat noir Jicky, manque de s’ouvrir le crâne en glissant sur le carrelage de la salle de bain mais arrive tant bien que mal à décrocher. Au bout du fil, une voix masculine d’une élégance noble lui donne rendez-vous au Café de Flore à 16h pour lui confier une mission de très haute importance. L’homme au bout du fil affirme même qu’il s’agira de la plus belle aventure de notre héroïne.

A peine le téléphone raccroché qu’un savant ballet de coquetteries se met en place.

Elle choisit un tailleur bleu nuit et y accorde son fard à paupières. Elle passe sa bague d’émeraude et s’embaume d’un voile d’Habit Rouge de Guerlain. Jane est un femme qui frappe l’œil et l’esprit de ceux qui la rencontrent. De ses cheveux roux de braise à ses yeux verts en passant par son parfum oriental, elle envoûte, intrigue et impressionne. Elle laisse dans son sillage un sillage de parfum et de charisme contre lequel Aphrodite elle-même ne pourrait rivaliser. Elle s'engouffre dans le métro et prend un billet de première classe. Au milieu du quai envahi d’infâme fumée de cigarette, on ne voit qu’elle et son aura de femme fatale.




La voici devant le Café de Flore, un homme en costume 3 pièces lui fait signe, c’est sûrement l’auteur du coup de téléphone. La silhouette de ce gentleman un brin excentrique lui est familière, elle l’a déjà vu mais où ? Dans un film? A l’opéra ? Dans la boulangerie en bas de chez elle ? Cela ne lui revient pas.

Après une poignée de main ferme et chaleureuse, il se présente comme Jean Paul Harris, industriel et collectionneur d’art. Sous cette présentation plus que modeste, se cache l’homme le plus riche du monde. Miss Marigold est aux anges mais redoute cependant la mission qu’il s'apprête à lui confier. Il est question de la mythique fleur du Kadupul Sri Lankais, une fleur très rare qui ne fleurit que 2 nuits par an et dont le parfum est quasiment impossible à extraire. Il en existerait un spécimen dans un temple à Kandy, au milieu de la jungle. Jean Paul Harris n’a cependant entendu que des légendes autour de cette fleur et ne sait pas à quoi elle ressemble. L’offre du milliardaire est éloquente : 1 million de dollars à notre aventurière si sa quête était fructueuse. A l’énonciation de la prime, Jane manqua de s’étouffer avec son thé au jasmin. 1 million de dollars ! Elle aurait de quoi partir en vacances pour le restant de ses jours, à l’ombre des cocotiers des Bahamas. Sans l’ombre d’une hésitation, elle accepte l’offre du milliardaire toujours subjuguée par le montant de l’offre.

Sitôt rentrée chez elle, elle appelle son compagnon de toujours, Paul de Villiers. Paul est également explorateur, chasseur de trésor et spécialiste de la jungle. Ces deux intrépides se sont rencontrés dans les marécages d’Indonésie, Jane cherchait un Patchouli pur et Paul, le trésor d’une cité perdue. Ils ne s’étaient plus quittés depuis et étaient partis à l’aventure dans de nombreux pays. Paul accepte d’accompagner Miss Marigold avec grand plaisir. Alors qu’ils planifient les étapes de leur périple, un bruit fracassant de verre brisé envahit l’appartement de notre héroïne. Une brique a traversé l’une de ses vitres. Autour du projectile se trouve une lettre ficelée. A la lecture de cette dernière, un frisson d’effroi traverse le dos de Jane. Sur ce bout de papier, il avait écrit : “Si Tagès cherche la Belle de Minuit, elle mangera les pissenlits par la racine !”




Tagès… Un surnom que Jane déteste viscéralement. La seule personne à l’appeler ainsi est le plus infâme des chasseurs d’odeurs, un blouson noir d’une quarantaine d’années qui fûme la Gitane, roule en moto et n’hésite pas à escroquer ses clients. Ce personnage peu recommandable, c’est Carl Jacquier, le plus grand rival de Jane.

Ils s’affrontent depuis plusieurs années pour prétendre au titre de meilleur chasseur d’odeurs du monde.

Le surnom “Tagès” vient des tagètes, les œillets d’Inde. C’est la traduction de “Marigold”.

Notre héroïne comprit immédiatement que l’odieux personnage était également sur la piste de la Kadupul.

Elle dit fermement à Paul, confus au bout du fil, de préparer ses affaires. La première étape de leur périple sera Grasse, la capitale du parfum. Là-bas, elle découvrira tous les secrets de la Belle de Minuit auprès des plus grands experts.



Miss Marigold et Paul de Villiers arriveront ils à trouver la précieuse Kadupul avant Carl Jacquier ? Vous le découvrirez dans les prochains épisodes de “Miss Marigold et la Belle de Minuit” !