Miss Marigold et La Belle de Minuit (Dernier épisode)


Dernier épisode : La Fleur Miraculeuse


Dans l’épisode précédent, nos héros se sont retrouvés dans une bien mauvaise posture. Après avoir fui

une prison syrienne, les voilà dans un avion sans pilote condamné au crash. Comment vont-ils se sortir de cette situation tonitruante ?


L’avion perd de l’altitude et les passagers paniquent. Pensant que leur heure est venue, ils prient, se recroquevillent et pleurent. Paul est pétrifié, toute sa vie défile devant ses yeux, il se remémore ses plus belles aventures, ses plus beaux voyages et accepte son sort. Jane se lève dans un calme glaçant, comme si la situation ne l'atteignait pas. Elle atteint le cockpit, prend une grande inspiration et se place derrière les commandes. Elle fait craquer ses phalanges et saisit le manche à balais qu’elle tire de toutes ses forces. L’avion se redresse de justesse, Jane tremble comme une feuille à cause de l’adrénaline et Paul manque de s’évanouir à cause de l’ascenseur émotionnel.


“Avoir un père pilote de chasse ça aide” s’esclaffe Jane qui semble défier la mort comme un as de l’aviation. “Tu peux piloter ce coucou jusqu’au Sri Lanka ?” demande Paul incrédule et blanc comme un cadavre. “Aussi bien qu’un voltigeur de la Royal Air Force cher ami !” s'exclame-t-elle avec une pointe d’arrogance qui la caractérise si bien.


Malheureusement, la radio a rendu l’âme, ils ne peuvent donc pas informer le monde extérieur de leur situation.

Malgré cette ombre au tableau, les passagers sont sains et saufs et le vol se déroule à merveille comme si Marigold avait manqué sa vocation.

Soudain, deux ombres se démarquent dans les nuages puis leurs silhouettes apparaissent, il s’agit de deux chasseurs de l’aviation indienne.

Jane fait tanguer les ailes de l’appareil pour signifier qu’elle amorce sa descente et ainsi ne pas se faire abattre.


Elle se prépare à se poser à l’aéroport de Trivandrum quand Paul lui rappelle qu’ils étaient fugitifs et en possession d’un artéfact médiéval volé.

Avant que les pneus ne touchent la piste, Jane redresse son appareil et fait cap sur le Nord-Est vers la ville de Madurai, elle vole en rase-motte pour éviter les tirs des avions qui la poursuivent. Malheureusement, des balles parviennent à perforer le fuselage et le réservoir de kérosène est touché. Un atterrissage en catastrophe semble inévitable.

Par chance, les terres agricoles du sud de l’Inde peuvent supporter une telle manœuvre.

Dans un vacarme assourdissant, l’avion se pose, tremble et dérape. Un fois immobilisés, nos deux héros se précipitent à l’extérieur de l’appareil, ils savent qu’ils n’ont plus beaucoup de temps avant la floraison de la Kadupul.


Des paysans qui ont vu la scène se massent autour de l’avion et proposent leur aide. Les passagers et nos héros sont invités à partager le repas ce qu’ils acceptent volontiers. Commence alors un petit festin sur fond de catastrophe aérienne. C’est une véritable découverte pour nos héros qui dégustent un Panipuri aux arômes de curcuma et de piments.

Paul aimerait se goinfrer davantage mais Jane lui rappelle que leur mission est loin d’être finie.


Comment vont-ils rejoindre la côte est de l’Inde sans véhicule ?

Ce n’est pas un problème pour Jane qui, grâce à ses talents de négociatrice, parvient à échanger un vieux side-car contre quelques épices et extraits de rose qu’elle avait récupéré à Damas.

Les aventuriers foncent sur les routes de terre à pleine vitesse pour rejoindre la côte est de l’Inde où ils pourront rejoindre le Sri Lanka par bateau. Les cheveux au vent, Jane est transportée par les odeurs d’épices que porte l’air. Dans chaque village traversé, un délicieux ragoût mijote et emplit le vent de senteurs exotiques. Arrivés dans le village d’Erwadi, le bruit des vagues et l’odeur de la mer ravissent nos explorateurs qui savent qu’ils ne sont pas loin du but. Il doivent à présent trouver une embarcation pour traverser le golfe de Mennar. Un groupe de pêcheurs leur propose de traverser en échange du side-car ce qu’ils acceptent volontiers. Jane et Paul vont enfin voir leurs rêves se réaliser au prix de nombreuses semaines d’expériences plus dangereuses les unes que les autres.

Après avoir traversé le golfe, une surprise des plus désagréable les attend sur le quai. Jacquier est là, sur le ponton avec une arrogante allure de général triomphant. Jane se tourne vers l’équipage et se retrouve nez à nez avec un véritable arsenal ambulant. Tout l’équipage, à la manière de mutins, menace Jane avec leurs revolvers et fait descendre nos héros de l'embarcation.

Jacquier annonce la couleur avec autorité : “ Tu vas me conduire au temple et me donner l’alambic sinon, toi et ton petit copain iront nourrir les poissons de l’Océan Indien”.


Jane, à contre-cœur, s’exécute, elle ne peut s’imaginer mourir si loin de chez elle et de son chat. Dans un camion conduit par l’infâme Jacquier, notre héroïne donne les indications qu’elle était seule à connaître. Les routes sont sinueuses et la nuit commence à tomber, le compte à rebours a commencé. Arrivés à Kandy, des paysans leur indiquent la direction du temple et, à l’arrière du véhicule, c’est un commando qui se prépare. Les moines ont la réputation de défendre la Kadupul comme la prunelle de leurs yeux. Mieux vaut être préparé.


Sous le ciel rosé d’une douce soirée d’été, l’assaut se prépare. Le camion empeste la poudre et la peur des hommes qui s'apprêtent à profaner un lieu saint. Tous ont été recrutés par Jacquier contre la promesse d’une prime juteuse en cas de réussite de la mission. Le malfrat fait rugir le moteur de son camion et accélère en direction de la porte du temple. Celle-ci se brise sous la violence du choc, les choses sérieuses commencent. Les hommes descendent du camion et braquent les moines avec leurs armes. La panique s’installe et la tension devient palpable.

Tous se dirigent vers la serre où sont conservées les fleurs prêtes à éclore. “Il n’y a plus qu’à attendre qu’elles montrent le bout de leur nez” s’exclame Jacquier, pensant au million de dollars.

Vers 11 heures du soir, l’épuisement se fait ressentir, Paul à discrètement rompu les liens qui tenaient ses mains attachées et reste à l'affût pour intervenir. Tous ont les yeux rivés sur les bourgeons qui ne devraient plus tarder à dévoiler leur trésor. A minuit pile, le spectacle commence, dans une grâce remarquable, les fleurs éclosent. Leur panache blanc immaculé émerveillent les spectateurs incrédules. Jacquier respire une fleur à plein poumons et semble transporté, tout signe de méchanceté avait disparu de son visage, cette fleur est vraiment miraculeuse.

L’alambic installé, on commence à récolter les fleurs pour en extraire l’essence. Pendant ce temps, Jane réfléchit et se demande comment elle va pouvoir récupérer l’essence et s’échapper de ce temple. Alors que Jacquier a le dos tourné et régale ses narines du parfum divin, Paul assomme son geôlier et lui dérobe son arme.

L’heure de la révolte a sonné, les moines parviennent à maîtriser les malfrats grâce des techniques martiales d’une efficacité redoutable.


Jacquier prend ses jambes à son cou poursuivi par Jane et Paul. Il prend les petits passages étroits du temple mais se retrouve coincé devant un mur sans possibilité de fuite. Nos héros lui barrent la route et lui ordonnent de leur remettre le flacon de parfum. L’odieux personnage ne compte pas se laisser soumettre et avale l’entièreté de l'élixir au plus grand désespoir de nos protagonistes. Cette année, le temple de Kandy ne profitera pas du divin parfum de la Kadupul.


Jacquier est ligoté et remis aux moines, Dieu seul sait ce qu’ils vont en faire. Le dégoût est bien visible sur le visage de Jane et Paul qui saluent les moines et les aident à remettre de l’ordre dans le temple. Avant de partir, Jane envoya en grand coup de pied dans les côtes de celui qui lui gâchait la vie depuis tant d’années, il l’avait bien mérité aux vues de ses méfaits.

Avant de partir, un moine attrape le bras de Jane et lui remet un petit flacon de cristal avec un bouchon en jade. Sur le contenant, il est écrit : “Kadupul 1955”. Les moines faisaient des réserves depuis des siècles en cas de destruction du temple. Jane savait que ce flacon valait un million de dollars et explosa de joie dans les bras de Paul, tout aussi incrédule. C’était la fin de semaines de souffrances et pressions extrêmes, ils allaient pouvoir profiter du soleil et des cocotiers pour le restant de leurs jours.


Un mois plus tard, Miss Marigold se prélasse dans le bain moussant de son appartement parisien, elle repense à son aventure et imagine ses vacances au Bahamas.

Jane est riche mais elle s’ennuie, le frisson du danger lui manque et la valise de billets qui trône fièrement sur la table de son salon ne saurait combler ce vide.


Tout à coup, le téléphone sonne…